Websérie Germain s’éteint

C’est l’histoire de Germain, un homme de 53 ans, au prise avec une vie insatisfaisante : sa femme l’a laissé, sa fille a honte de lui et les appareils électroniques brisent en sa présence. Étrange, non ? C’est que Germain souffre d’obsolescence programmé. Il va bientôt s’éteindre pour de bon… un peu comme un vieux cellulaire.

Unique en son genre

C’est clair qu’avec une prémisse comme celle-là, Germain s’éteint ne ressemble à rien d’autre de ce qui se fait sur nos écrans. C’est un high concept qui utilise la websérie pour réfléchir sur notre époque : nos relations avec la technologie et notre obsession pour tout ce qui est « nouveau ». L’enjeu avec ce genre de sujet, c’est de réussir à l’incarner dans une bonne histoire. D’éviter de crouler sous les longs dialogues et les réflexions à voix haute des personnages. Ça a l’air simple présenté comme ça… mais c’est vraiment tout un défi. Et les scénaristes Christine Doyon et Marie-Josée Ouellet l’ont relevé en créant plusieurs situations tragi-comiques qui nous font vivre (et rire de) l’obsolescence de Germain.

C’est notamment le cas de cette scène poétique où Germain marche sur une rue et fait éteindre un à un les lampadaires qu’il croise. Ou encore, les contorsions physiques qu’il doit faire pour utiliser tant bien que mal un téléphone public sans trop s’en approcher pour éviter qu’il ne se brise.

Marc-André Coallier

Bien oui, c’est sûr, le petit gars en moi a trippé de voir Marc-André Coallier à l’écran. Son jeu est à la hauteur! Heureusement, car il porte une bonne partie de la série sur ses épaules. Mais ce que je salue encore plus, c’est l’idée de lui offrir le rôle. Quelle belle mise en abîme. Pourquoi, après avoir été notre idole pendant des années, est-il disparu de nos écrans ? Il n’y a probablement pas de raison précise, c’est juste comme ça. Dans un certain sens, un jour Marc-André a atteint sa date d’obsolescence, un peu comme ce qui arrive à son personnage. Il porte très bien ce drame dans la série. Il est à la fois touchant, drôle et dépassé par les événements. En espérant que cette websérie lui ouvre d’autres opportunités comme celle-là.

En rafale

Plusieurs perles sont aussi disséminées au travers des 6 épisodes. C’est le cas de RéparaClaude – interprété par Alexis Martin – un réparateur bas de gamme qui frappe sur tout ce qui bouge avec son bâton de baseball.

Il y a aussi la dame du 411, surprise de recevoir un appel. On la voit répondre dans un bureau désertique et on entend l’écho de sa voix surexcitée de pouvoir enfin être utile à quelqu’un.

J’ai aussi eu un coup de coeur pour une scène dans laquelle les « obsolètes anonymes » se réunissent. Un des membres affirme alors avec mélancolie que la business n’est plus ce qu’elle était… il ne peut plus faire de commentaires déplacés ou d’attouchements à ses employées. Et Germain de lui répondre : « T’es pas obsolète, t’es rienque un cochon! »

Germain s’éteint est disponible sur Tou.tv: https://ici.tou.tv/germain-s-eteint

 

 

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Jean-François Lisée à la rôtisserie

Jean-François Lisée entre à la rôtisserie Fusée.

JF- Je vois que vous avez un spécial « Choix du chef »
Employé- Ouais!

JF- Okay, bien c’est qui ce chef là?
Employé- Bien… y’a pas vraiment de chef…

JF- Qui tire les ficelles ici?
Employé- On a Gaétan qui attache nos boîtes avec des ficelles??

JF- Ça fait que votre chef, c’est Gaétan?
Employé- Non, on a pas de chef.

JF- Écoutez, je vous trouve formidable, mais comment je peux faire confiance à votre chef dans son « choix du chef » SI JE SAIS MÊME PAS C’EST QUI ?

Pour éviter l’appropriation culturelle : le truc de la pièce de théâtre russe

Dans la foulée de SLÀV et du débat passionné qui l’entoure. Je propose humblement une nouvelle manière d’aborder ce genre de questions.

Je vous présente donc le truc de la pièce de théâtre russe :

Il consiste simplement à se demander – « Comment je ferais pour écrire une pièce de théâtre en Russe ?

J’apprendrais le Russe

Il existe des dictionnaires, des sites de traduction et des ouvrages sur la grammaire. Avec tout ça, je me dis que je suis probablement capable d’écrire tout ce que je veux en Russe.

Un francophone, comme moi, va écouter ma pièce et se dire « Ayoye! Ça sonne vraiment Russe ». Toutefois, gageons que si je joue ma pièce en Russie… ils n’y comprendront rien. La langue a une tonne de subtilité qui m’échappent, même si j’ai lu tous les livres sur le sujet.

Je consulterais des Russes.

Ça tombe bien, mon voisin vient justement de Russie ! Il m’aide à corriger mon texte et à le peaufiner. Il va même plus loin et ajoute certains éléments culturels que je ne connaissais pas. Grâce à lui, j’ai maintenant une pièce de théâtre en Russe. Super !

Je monte alors sur scène, mais les spectateurs russes ont l’air perplexes. Bien quoi ? Je suis bel et bien en train de leur jouer une pièce de théâtre dans leur langue. Qu’est-ce qu’ils ont à ne pas comprendre ?

C’est vrai, qu’avec mon accent d’Elvis Gratton, ils ne captent peut-être pas toute la sensibilité que j’ai mis dans ma pièce. Mon texte est Russe, mais pas moi.

J’engagerais des Russes dans mon projet.

Je recommence le processus et je fais rejouer le même texte par un comédien russe. Cette fois, ça marche beaucoup mieux.

Voilà !

Maintenant, on va se le dire, une culture c’est au moins aussi complexe qu’une langue. En fait, ça l’est probablement beaucoup plus. Alors, imaginons que je m’attaque, avec la même bonne volonté, à un sujet comme l’esclavagisme ou les pensionnats autochtones. Mes chances d’être maladroit, de manquer de sensibilité ou d’être carrément insultant sont énormes. Pas parce que je suis mal intentionné ou que mon regard artistique n’est pas valable, mais simplement parce que ce n’est pas dans ma (langue) culture d’origine.

Ce qui m’amène à la grosse question que tout le monde se pose : en tant que blanc occidental puis-je écrire sur tous les sujets ? Je crois personnellement que oui ! Mais je dois le faire de la même manière que si je voulais écrire une pièce de théâtre en Russe !

2 vérités et 1 mensonge sur Amir Khadir

Qu’on m’amène Patrice Lécuyer et son faux décor de salon! Voici Des squelettes dans le placard spécial Amir Khadir.

Je tiens à me confier. Je ne comprends pas vraiment les règles de l’émission (et je doute que Patrice lui-même les comprenne). J’ai croisé Amir quelques fois en militant pour Québec Solidaire, mais il ne me reconnaitrait pas sur la rue.

Voici donc mes deux vérités et mon mensonge sur Amir Khadir :

  • J’ai fait la tournée des bars avec Amir

C’était en 2008, j’étais allé militer pour son élection. Dans les faits, j’ai surtout attrapé le rhume en distribuant des tracts sous la pluie devant un Provigo – nous vaincrons!

Le soir, on a mangé une poutine à son local électoral avec d’autres militants. Puis, il est débarqué. Comme un coup de vent. En parlant fort. Chacun de ses mots prononcés comme si le sort du Québec allait se jouer ici, ce soir.

Il nous regarde – mon ami et moi – avez-vous 18 ans ? Eh… oui. Parfait! Ce soir je fais la tournée des bars sur Mont-Royal et j’ai besoin de vous pour m’accompagner.

Vous vous en doutez, on n’est pas allé se faire des shots de sambuka flambé. En chemin, on croise un itinérant. Amir lui donne de l’argent. Il en profite pour lui expliquer les travers du système capitaliste. L’itinérant, lui, pense qu’Amir est une vedette de tv, pis il est bien content.

On entre dans un premier bar. Amir fonce droit vers les piliers de taverne. Il leur explique comment Québec Solidaire c’est comme le 4e trio du Canadien, on ne le voit pas souvent à l’écran, mais il réussit parfois à marquer les points qui changent la game.

Puis, on visite un 2e bar, puis 3e, un 4e

Amir aborde un homme. Celui-ci a une grosse bosse sur le bord de l’œil, de la grosseur d’une balle de golf. L’homme ne s’intéresse pas à la politique, mais Amir insiste. Là, c’est le médecin qui parle! Ce soir-là, vers 1h du matin, j’ai donc vu Amir ausculter un ivrogne sous l’éclairage d’une table de pool. Il a sorti un pad de médecin de sa poche de veston et a signé un papier à l’homme pour qu’il aille consulter un spécialiste le lendemain.

C’est ça, Amir Khadir. Toujours en train de régler le sort du monde.

 

  • Amir a dormi dans mon auto

Lors d’une tournée régionale, Amir était venu à Trois-Rivières. Il est arrivé en se trainant les pieds. Brûler raide. Il n’avait pas dormi la veille et probablement pas celle d’avant non plus. Il est monté sur la scène du bar de l’UQTR devant une centaine d’étudiants et… il était en feu! Il a répondu à toutes leurs questions et a vendu une 15aine de cartes de membre « live » durant sa conférence.

Il sort de scène en répondant à son téléphone. S’ensuit une entrevue musclée avec Paul Arcand pendant qu’on marche vers ma voiture. Il raccroche tout juste avant d’embarquer. Combien de temps pour se rendre ? Qu’il demande. Environ 15 min… tout à Trois-Rivières est environ à 15 minutes. Génial! Amir ouvre la porte arrière de ma voiture et se couche.

J’ai démarré l’auto, Amir dormait déjà. On a roulé 15 minutes… Amir ronflait. À destination, je l’ai poussé doucement… eee, monsieur Khadir? Il se réveille et me demande à quelle heure est le rendez-vous. Dans 5 minutes, que je réponds. Parfait! Réveille-moi dans 5 minutes.

Puis, on entre chez Moisson Mauricie. Amir – qui bavait sur mon siège d’auto il y a environ 45 secondes – est en feu! On se fait accueillir par une dizaine d’employés de l’organisme communautaire, Amir ne leur dit pas bonjour. Il leur annonce plutôt « Si Québec Solidaire est élu, on va vous faire fermer ». Tout le monde est sous le choc. « Parce que si on est élu, on va s’assurer que tout le monde mange à sa faim »!

Ce qu’il y a de fou dans cette histoire, c’est qu’on n’était même pas en campagne électorale. Il n’y avait rien qui pressait. Mais Amir est comme ça, une machine de guerrie! Il transporte avec lui une aura d’urgence. Comme si on était toujours à quelques coups de pouvoir changer le sort du monde.

 

  • J’ai vu Amir Khadir faire un micro-libre de poésie.

Chaque année, en marge du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, il s’organise un OFF. On parle d’une centaine de personnes entassés dans une taverne pour entendre des textes. La soirée micro-libre permet à n’importe quel poète d’avoir une audience.

J’y ai entendu des poètes internationaux de passage à Trois-Rivières pour le festival. Une fois, un ancien du FLQ s’est lancé dans une interminable tirade sur la grève d’Asbestos… et on a dû l’expulser quand il a sorti son harmonica pour nous faire le rheel du piqueteur. Et un autre soir, j’ai entendu Amir Khadir.

Il a souvent lu publiquement des textes de Gérald Godin et d’autres poètes. Mais cette fois-là, il nous a fait son propre texte. Ça venait des tripes. C’était percutant, trash, un peu edgie. Malade!

Quand Amir ne sera plus député, il paraît qu’il prévoit publier un recueil aux Éditions de l’Écrou. Il envisagerait même de faire une tournée de poésie-performance à travers les salons du livre du Québec.

Et alors ? Quels sont mes deux vérités et mon mensonge ?

(C’est tu ça le jeu des Squelettes dans le Placard???)