À qui profite la hausse des frais de scolarité ?

Publié au Nouvelliste le 13 décembre 2010

Une hausse des frais de scolarité n’aurait pas d’effet sur l’accessibilité aux études, dans la mesure où elle s’accompagnerait d’une bonification des prêts et bourses.

Cette idée est insidieuse, car elle cache les intérêts de ceux qui en font la promotion. Une augmentation des frais de scolarité et du régime de l’Aide financières aux études (AFE) profiterait d’abord aux banques et aux institutions financières.

Le système de l’AFE est principalement constitué de prêts. Ces prêts proviennent d’institutions financières. Le gouvernement, quant à lui, garantit les sommes que ces institutions prêtent aux étudiants via le programme.

Si l’étudiant ne rembourse pas son prêt, le gouvernement s’engage à le faire. Les institutions financières ne courent donc aucun risque et elles empochent beaucoup d’argent en intérêts.

Ces intérêts, selon un document de la conférence des recteurs (CRÉPUQ), se chiffraient à près de 2 milliards $ par année en 2003.

Et il ne s’agit que de la portion de l’endettement étudiant qui se fait via le programme de l’AFE et ne comptabilise pas les marges de crédit que les étudiants contractent en plus auprès des institutions financières.

Les frais de scolarité des étudiants québécois sont les plus bas au pays; l’endettement étudiant aussi. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, les étudiants terminant des études de premier cycle contractent en moyenne une dette de 9000 $ au Québec, 22 700 $ en Ontario, 20 300 $ dans l’Ouest canadien et 22 400 $ dans les Maritimes.

À qui profite cet endettement? Aux banques et aux institutions financières puisqu’elles touchent davantage d’intérêts venant des étudiants, rappelons-le, sans prendre de risque.

Ceux qui plaident en faveur d’une hausse des frais de scolarité compensée par une augmentation du régime d’aide financière aux étudiants ont souvent des intérêts financiers liés à cette mesure.

Pour eux, il ne s’agit pas d’améliorer le système d’éducation ou de permettre l’accès à l’université aux jeunes issus de familles défavorisées; il s’agit d’une question de profit.

Dans la même optique, on propose de moduler les frais de scolarité des étudiants en fonction de leur champ d’étude. Un étudiant en médecine ou en ingénierie qui gagnera un plus gros salaire que ses collègues en enseignement ou en science infirmière devrait-il payer plus cher pour étudier?

Les gens d’affaires et les banques ont tout intérêt à proposer une telle mesure. Les étudiants de ces facultés devront contracter de plus gros prêts et verseront de plus gros intérêts. Pour les banques et les institutions financières, la modulation des frais serait une très belle occasion d’accroître leur niveau de profit.

Derrière le discours des économistes «réalistes « proposant des mesures «équitables», se cache des intérêts financiers. Et il faut choisir nos politiques en fonction du bien commun de la collectivité et non pas selon les intérêts financiers d’une certaine classe d’affaires. Le débat sur les frais de scolarité est animé par des gens ayant des intérêts privés qui tentent, et ils ont de bonne chance de réussir, de faire modifier nos politiques publiques.

Alexandre Gauthier

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