La CLASSE devrait-elle dénoncer Jésus ?

Il n’est pas possible de s’assoir à une table de négociation avec un groupe qui ne dénonce pas la perturbation et la désobéissance civile : « c’est à dire la désobéissance aux lois » affirme Line Beauchamp en point de presse aujourd’hui.

La ministre voudrait donc que les associations étudiantes dénoncent aussi la désobéissance civile en plus de la violence. Comme l’explique Gabriel Nadeau Dubois, porte parole de la CLASSE, sur twitter : « la désobéissance civile, c’est ce que pratiquait les Suffragettes, Rosa Parks, Gandhi et Martin Luther King ». Est-ce que ces luttes sont condamnables selon la ministre ? Aurait-elle refusé de négocier avec Gandhi si celui-ci n’avait pas accepté de condamner la grande marche du sel ?

Si on pousse cette logique plus loin, Line Beauchamp demanderait-elle au Pape de condamner Jésus ? Celui-ci a pourtant pris part à une action, que la ministre aurait jugé violente, de perturbation économique lorsqu’il jète les marchands hors du temple. Il faut ajouter que Jésus refusa de se plier aux injonctions de la loi, ce qui lui a valu d’être jugé et condamné. La CLASSE, pour plaire à la ministre Beauchamp, devrait-elle condamner les comportements de Jésus ?

Ce qui semble déranger la ministre c’est le rapport de force qui a été créé par le mouvement étudiant. C’est d’ailleurs uniquement grâce à ce rapport de force qu’elle invite aujourd’hui les associations étudiantes à négocier. Et c’est ce même rapport de force que la ministre voudrait voir les leaders des associations étudiantes condamner ?!

Contrairement à Pierre dans la bible, espérons que le mouvement étudiant ne se reniera pas lui-même et qu’il sera en mesure de maintenir sa mobilisation, seul gage d’une négociation qu’on espère fructueuse.

 

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16 responses to “La CLASSE devrait-elle dénoncer Jésus ?”

  1. Jenny says :

    excellente comparaison :)

  2. Benoît says :

    Dans une société où la très grande majorité des citoyens connaissent le nom de Jésus mais n’ont jamais pris le temps d’ouvrir la Bible pour voir ce qui y est écrit, il est facile de choisir quelques passages en ignorant le reste du texte, et ainsi de faire dire des choses à Jésus qu’il n’a jamais dites, et de lui donner des intentions qu’il n’a jamais eues : comme de défendre une cause similaire à celle défendue par la CLASSE.

    Jésus n’a pas été jugé et condamné parce qu’il refusait de se plier à des injonctions de la loi, il a été jugé et condamné car, par ses paroles, il se faisait, à répétition, l’égal de Dieu. Il n’a pas appelé qui que ce soit à la désobéissance civile ou religieuse, au contraire !

    À ses compatriotes juifs, il a réitéré l’importance de respecter la loi religieuse, la loi de Moïse, non seulement extérieurement, mais intérieurement, mettant l’accent sur le fait qu’obéir à la loi extérieurement sans lui obéir de tout son coeur était équivalent à de la désobéissance ! Le Royaume de Dieu était accessible à ceux dont la perfection allait excéder celle des chefs religieux du temps, et donc qui allaient obéir à la loi encore mieux qu’eux.

    En ce qui concerne la loi romaine, la loi civile, à laquelle les Juifs se sentaient contraints d’obéir en tant que peuple conquis, Jésus, lui a obéi jusqu’à la fin, incitant aussi ses disciples à obéir à cette loi. Paraissant devant Ponce Pilate, Jésus fut trouvé sans faute aux yeux du préfet, qui avait le mandat de faire respecter la loi civile. Même les quelques mentions de Jésus dans le Talmud juif ne permettent pas d’identifier un manquement à la loi de Moïse qu’il aurait commis.

    Jésus n’a pas été condamné et tué parce qu’il refusait de se soumettre à des injonctions quelconques. Il a été condamné car il s’était fait l’égal de Dieu à répétition : il acceptait l’adoration qu’on lui offrait, il réferrait à lui-même en employant le nom de Dieu tel que révélé à Moïse dans l’Exode, il faisait des miracles de sa propre autorité, et c’est sur ces points qu’il s’est attiré les foudres des autorités religieuses de son temps. Non pas à cause d’une faute, mais parce que l’autorité religieuse refusait de croire ce qu’il disait. Si Jésus avait menti, il avait commis un péché grave méritant châtiment. Mais s’il disait vrai, il n’en méritait pas, évidemment.

    Jusqu’ici, rien de bien comparable à notre situation avec Mme Beauchamp et la CLASSE.

    Suivant ses enseignements, les disciples de Jésus ont continué à prêcher le respect des autorités civiles. Paul écrit aux Romains (ch. 13) : « Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. ». En aucun cas, la règle n’est de recourir à la désobéissance civile, sauf dans les cas où la loi contraint à désobéir ouvertement à Dieu.

    Pierre écrit aussi : « À cause du Seigneur, soumettez-vous à toutes les institutions établies parmi les hommes: soit au roi parce qu’il est au-dessus de tous, soit aux gouverneurs parce qu’ils sont envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et approuver ceux qui font le bien. En effet, c’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence l’ignorance des hommes dépourvus de bon sens. Comportez-vous en hommes libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté mais en agissant au contraire comme des serviteurs de Dieu. Respectez chacun, aimez les frères et sœurs, craignez Dieu, honorez le roi… ».

    Encore ici, bien peu de proximité avec l’appel à la désobéissance civile de la CLASSE…

    Au début du vingtième siècle, Albert Schweitzer nous faisait part de ses recherches (qui ont révolutionné l’étude biblique) en montrant que dans l’histoire, les marxistes avaient fait de Jésus un marxiste, les anarchistes un anarchiste, les rationalistes un rationaliste, les conservateurs un conservateur, les révolutionnaires un révolutionnaire, etc. L’habitude avait été de faire un portrait de Jésus calqué sur l’intention de celui qui le présentait… c’est un peu la même attitude que je vois ici. Je ne vois pas comment Jésus se liguerait à la CLASSE, sauf si on caricature tout ce que nous connaissons de lui. Jésus nous éveille à l’importance d’une relation intime avec Dieu qui dépasse de beaucoup les visées de protestations comme celles du mouvement étudiant, et ce malgré la sympathie que l’on peut avoir pour l’enjeu important qui est celui de l’accessibilité aux études.

    • Karine Damarsing says :

      Parce que guérir le jour du Sabbath et manger à la table d’un impur, se laisser toucher par l’hémorroïsse ou par la femme de l’onction de Béthanie, refuser de condamner la femme adultère ou affronter les démons du possédé de Génésareth et, oui, chasser les marchands du Temple, ce n’était pas subversif? J’ai l’impression que nous ne lisons pas les mêmes Évangiles, Monsieur.

      Le Jésus que je connais, il a épuré la Loi, il l’a débarrassé de ses scories, de ces ajouts que l’homme y a mis plus par une sorte de frilosité spirituelle que par des nécessités apportées par une approfondissement de la Loi . Des interdits que formule la Torah, il dit qu’elles ne sont que des durcissements de la Loi de Moïse, parce que le coeur de l’homme est dur; de la Loi de Moïse, il en tire l’essence et c’est le commandement d’amour, d’amour du prochain comme de soi et d’amour du Père. Du Talion il dira que c’est là une Loi pour l’homme imparfait, mais que l’homme parfait, lui, pardonne les préjudices dont il se croit victime.

      Ce que fait s. Paul de la Loi, ça fait bien l’affaire des cléricaux et des légistes, mais ça fonde surtout une soumission à la communauté là où le Christ parlait d’intériorité (ce qui sort de la bouche et non ce qui entre), de confiance en la bonté du Père (les oiseaux dans le ciel, le lys dans le champ) et du courage de suivre son coeur même contre … l’autorité du Sanhédrine ou de Rome. Jésus ne s’est pas soumis. Il aurait pu se plier à l’interprétation que les Sadducéens donnaient de la Loi, mais il préférait prendre le risque de l’impureté plutôt que de laisser une créature de Dieu souffrir alors qu’il pouvait la soulager. Il ira jusqu’à accuser les pharisiens de n’être que des sépulcres blanchis, i.e. des êtres purs à l’extérieure, dans leur formalisme, mais plein de pourriture à l’intérieur. Jésus n’était pas tendre avec les autorités et s’il a accepté son calvaire, c’était pour ne pas transgresser la vraie Loi, celle sur la base de laquelle l’homme ne dispose pas de la faculté de juger. Tout ce que j’écris ici, vous pourrez le vérifier dans les Évangiles.

      Que l’Église ait par la suite adopté les interprétations des Sadducéens (blasphème) ou de l’Empereur et de son représentant (sédition) c’est une étrangeté, car Jésus ne répondra lui-même rien aux premiers et « Mon royaume n’est pas de ce monde » aux seconds. On en fait beaucoup dire à Jésus, on lui en attribue beaucoup, mais il est beaucoup plus simple de seulement accepter qu’il dérangeait justement les autorités mondaines qui s’étaient arrogé le privilège de la Loi, la loi du Sanhédrine ou la loi de Rome, parce que lui la réalisait non plus dans ses formes cruelles, mais dans son essence qui dit à l’Homme sa solidarité avec les Hommes par le Père, le Fils et le Saint-Esprit… Jésus n’était pas un soumis. Et vous savez, après des années de silence, je suis bien contente aujourd’hui de dire le fond de ma conscience et de dire, « assez », il ne faut plus que le conformisme tue le coeur des hommes et des femmes de bonne volonté.

      Le mouvement étudiant aujourd’hui se bat pour la justice. Il veut un monde dans lequel la solidarité, ce volet politique de la caritas, n’est pas qu’un mot, mais bien un principe que l’on applique avec compassion et humilité. J’enseigne à ces jeunes monsieur, et je me permettrai d’affirmer qu’ils sont mû par plus de bonté que je n’en ai vu depuis bien longtemps; et je pense bien que Jésus n’aurait pas désavoué leurs actions ou il aurait marché avec eux pour apaiser les coeurs quand trop soumis aux pressions de l’égoïsme, ils s’échauffent et risquent, oui, de se mettre en colère, comme il a apaisé Pierre et recollé l’oreille du garde dans le Jardin de Gethsémani. Je me permets ces mots, parce que Monsieur, j’en ai assez que les conformistes s’arrogent le Christ et s’acharnent à avilir tout ce qui fait la beauté dans l’Homme.

      Jésus dans le désert su résister à la tentation de la Richesse, de la Puissance et de la Gloire. Sa mission fut de nous indiquer les voies de cette résistance, pour que nous puissions retrouver l’homme d’avant la chute, d’avant l’égoïsme et la peur. Nos jeunes font montre d’un extraordinaire courage. Beaucoup se battent pour une justice qui n’est même pas à leur avantage. Si vous les connaissiez, Monsieur! Moi, ils m’émeuvent tous les jours et ils me redonnent espoir. Peut-être y a-t-il dans leur action beaucoup plus de l’Esprit qu’eux-mêmes ne voudraient jamais l’admettre. Je ne sais pas, ce n’est pas à moi de savoir. Mais ce qui m’agace profondément de votre intervention, c’est qu’elle est dans le fond impertinente.

    • Félix says :

      Très beau texte, très enrichissant en passant.

      Mais reste que tu le dit toi-même: de la perspective de ceux qui le jugeait il avait tord et était en faute face au système en place.

      il n’aura JAMAIS été crucifier sinon …

      Bref … il à QUAND même désobéit à une loi qui dicte qu’on ne peux se comparé à l’égale de dieux.

      Je pense que le fondement de la Classe ici est simplement cela.

      Si on suivait toujours les règles en place, on évoluerais pas.

      • Karine Damarsing says :

        Si c’est de mon texte que tu parles, Félix, merci (pas très familière avec la logique des blogues), sinon, ignore ma réponse… mais si oui, donc, je suis d’accord avec toi, il a fallu qu’il transgresse quelque chose pour qu’il se retrouve condamné et exécuté, C’est tellement indéniable, que je n’ai jamais compris le discours de l’Église catholique si ce n’est qu’elle confond « la loi spirituelle » et les codes de conduite que les hommes se donnent parfois en prétendant à tort ou à raison que ces codes sont la manifestation d’une Loi absolue. De mon point de vue, s’il y a mystère dans la doctrine catholique, c’est bien là, dans ce maintien de la confusion.

        Mais, bon, pendant ce temps-là la CLASSE livre un combat au côté de la FeuQ et le FecQ et je suis admirative devant la cohérence qu’elle arrive à maintenir vis à vis des ses principes et des mécanismes dont elle s’est dotée. Admirable.

      • Benoît says :

        Bonjour Félix,

        Ce qui est intéressant avec la vie de Jésus, c’est que oui, il a été crucifié parce que les leaders religieux disaient qu’il avait brisé la Loi :

        « Pilate sortit de nouveau et dit aux Juifs: «Voilà, je vous l’amène dehors afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de le condamner.» Jésus sortit donc, portant la couronne d’épines et le manteau de couleur pourpre. Pilate leur dit: «Voici l’homme.» Lorsque les chefs des prêtres et les gardes le virent, ils s’écrièrent: «Crucifie-le! Crucifie-le!» Pilate leur dit: «Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le, car pour ma part, je ne trouve en lui aucun motif de le condamner.» Les Juifs lui répondirent: «Nous avons une loi et, d’après notre loi, il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.» » (Jean 19 : 4-7)

        Se déclarer Dieu ou Fils de Dieu à cette époque-là était un blasphème, selon la Loi de Moïse, car les deux titres signifiaient que l’on se faisait l’égal de Dieu. Le Fils avait la même autorité que le Père. Mais à plusieurs reprises, Jésus s’était explicitement comparé à Dieu, et chaque fois, les Juifs répondaient en voulant le tuer pour ce qu’ils considéraient être un blasphème (Jean 8 : 56-59, Jean 10 : 31).

        Alors, est-ce que Jésus a vraiment brisé la Loi ??? Ça, c’est une question lourde de conséquences, et qui implique notre jugement sur Jésus. Si on croit que Jésus n’était pas Dieu ou le Fils de Dieu, alors on est en droit de croire, comme les Pharisiens, que Jésus a péché à ce moment-là, en se faisant l’égal de Dieu.

        Mais si on croit, comme ce que disent les chrétiens, que Jésus est Dieu et le Fils de Dieu, alors Jésus n’a pas brisé la Loi, puisque non seulement la Loi venait de lui, mais qu’il disait simplement la vérité :o)

        Si on prend la position chrétienne, on dira donc que Jésus a été crucifié non pas suite à un bris de la Loi, mais suite à un mauvais jugement des Pharisiens, qui n’ont pas compris qui était Jésus et qui ont travaillé à le faire accuser faussement pour le condamner.

        Il faut donc faire attention à la façon dont on utilise son histoire pour faire des parallèles avec d’autres époques ou événements. Comme je disais plus haut, il est facile de sélectionner certains extraits de la vie de Jésus pour défendre une position plutôt qu’une autre quant à sa position politique, son rapport au gouvernement ou quoi que ce soit d’autre. Je ne fais pas l’apologie d’un Jésus conformiste, mais d’un Jésus beaucoup plus complexe que ce que l’on connaît de lui à travers les médias d’aujourd’hui. J’invite donc tous et toutes à jeter un coup d’oeil aux évangiles pour eux-mêmes, que ce soit celui de Matthieu, Marc, Luc ou Jean. Ce contact privilégié avec le personnage de plus important de l’Histoire n’en sera que bénissant.

        Alors :

        Jésus était-il un conformiste ou avait-il un penchant révolutionnaire ?

        Il serait incongru de dire que le plus grand révolutionnaire de l’histoire, Jésus, n’a pas contesté qui que ce soit. Jésus a prêché 3 ans dans le fin fond d’une petite province de l’empire romain, avait quelques dizaines de sympatisants au moment de sa mort, et pourtant, son message a probablement été le plus diffusé de toute l’histoire de l’humanité. Si révolutionner veut dire changer/bouleverser, Jésus est bel et bien un révolutionnaire !

        Il serait incongru aussi de dire qu’il n’a pas mis personne en colère… Au contraire, il s’est fait des ennemis, principalement le leadership religieux de son temps. En effet, Jésus n’a pas été sans contester quelque chose, mais ce quelque chose, ce n’était pas la Loi de Moïse elle-même (ou Torah, c’est un synonyme, en hébreu).

        Ce qu’il a contesté, c’était d’abord et avant tout la façon dont les leaders juifs de son temps appliquaient la Loi de Moïse. Au lieu que la Loi ne soit une bénédiction pour le peuple d’Israël, les Pharisiens et les Sadducéens enseignaient une façon d’appliquer la Loi qui faisait d’elle un énorme fardeau pour les Israélites.

        Les Pharisiens enseignaient des règles de vies complexes et contraignantes, qui selon Jésus détournaient les Juifs de l’Esprit de la Loi (On n’a qu’à lire quelques chapitres de l’évangile de Jean pour voir les mots très très durs de Jésus à leur endroit).

        Les Sadducéens, eux, avaient permis un commerce abusif des animaux pouvant être sacrifiés au Temple de Jérusalem, et qui se faisait au détriment des pauvres (ce qui était aussi contraire aux dispositions de la Loi de Moïse, mais c’est un peu technique, je n’entre pas là-dedans ici…).

        De plus, et c’est aussi ce que les premiers passages cités plus haut par Mme Darmasing illustrent, Jésus a montré que la façon d’appliquer la Loi juive telle qu’enseignée par les Pharisiens détournaient de l’Esprit de la Loi. Par exemple, ceux-ci mettaient le respect de la Loi du Sabbat (qui disait de garder le samedi comme jour de repos en honneur de Dieu) au-dessus de la volonté de Dieu pour nous, qui était d’abord et avant tout d’aimer Dieu de tout notre être (Deutéronome 6 : 4-5), et d’aimer son prochain comme soi-même (Lévitique 19 : 18).
        Jésus nous a dit qu’il ne venait pas pour abolir ou abroger la Loi de Moïse, mais pour l’accomplir (Matthieu 5 : 17). Par ses paroles et ses actions, il enseignait qu’une personne vivant selon l’Esprit de la Loi vivrait selon les deux commandements mentionnés plus haut. Pour Jésus, ces deux commandements résumaient toute la Loi en entier. De façon pratique (mais ici je spécule), une action serait en ligne avec l’Esprit de la Loi de Moïse, si je pourrais dire qu’elle a été faite avec un amour sincère et authentique pour Dieu, et un amour aussi grand pour mon prochain que celui que j’ai pour moi-même.

        Donc Jésus prêchait un respect de la Loi beaucoup plus radical que celui enseigné par les Pharisiens. Dans ce sens, c’était un conformiste pur et dur à la loi divine.

        Mais par amour pour cette loi, considérée comme la Parole même de Dieu par les Juifs, il défiait tous ceux qui voulaient détourner le peuple de l’Esprit de cette loi-là, notamment les Pharisiens et les Sadducéens. En ce sens, Jésus était un subversif : contrairement aux autres Juifs, qui voyaient en les Pharisiens et les Saduccéens des modèles à suivre, Jésus a fait ressortir à quel point leur respect de la Loi était extérieur, mais non intérieur : ils recherchaient la gloire des hommes, mais non la gloire de Dieu.

        Jésus s’est présenté à maintes reprises come le Messie, mais alors que les Juifs de son temps attendaient un Messie qui allait régner en Palestine, renverser l’oppresseur et chasser les Romains, Jésus a annoncé que son Royaume n’était pas de ce monde, et a montré de l’amour non seulement pour les Juifs, mais aussi pour les Romains qui ont croisé sa route, comme quand il a guéri le fils d’un centurion (Matthieu 8 : 5-13). Il a enseigné à montrer de l’amour envers ceux qui nous haïssent, à un point si radical qu’il fait rougir de honte tout soi-disant conformiste :o) :

        « Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil et dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta chemise, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un kilomètre, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui t’adresse une demande et ne te détourne pas de celui qui veut te faire un emprunt. Vous avez appris qu’il a été dit: ‘Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi.’ Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis, [bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous détestent] et priez pour ceux [qui vous maltraitent et] qui vous persécutent, afin d’être les fils de votre Père céleste. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les collecteurs d’impôts n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les membres des autres peuples n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5 : 38-48)

        Est-ce que ce passage fait de Jésus un conformiste (à la Loi et son Esprit) ou un révolutionnaire (par rapport aux pratiques de tous les hommes de tous les temps)… Je ne trancherai pas ici, c’est certain :o)

        Tout ce que je pense important de noter, c’est que les paroles de Jésus sont bien plus profondes que l’on puisse imaginer, et par conséquent, que l’on gagne à prendre un bon temps à découvrir sa vie dans les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean.

        J’inviterai donc chacun à bien lire pour soi-même n’importe lequel d’entre eux, avant de considérer ce qui a été dit sur Jésus par qui que ce soit d’autre. Il n’en sera que béni par ce contact avec le personnage le plus influent de l’Histoire (quoiqu’en ait dit les Beatles).

        Bien cordialement,

        B.

    • jipim says :

      Vous oubliez un petit détail dans cette histoire. Qu’a répondu Jésus quand on l’a accusé de prétendre être le roi des juifs? Il a répondu: c’est vous qui le dites. Ce sont les prêtres qui l’accusaient ainsi, hypocritement… Ils le trouvaient dangereux parce qu’ils n’arrivaient pas à le prendre en faute théologiquement, et qu’ils se retrouvaient perdants quand ils se confrontaient avec lui. Ils perdaient la face et par le fait même, leur autorité. C’est pour cette raison qu’ils voulaient le faire disparaître. C’est pour cette raison qu’ils l’ont accusé de se prendre pour Dieu. Ce sont les prêtres qui ont tout manigancé pour garder leur main-mise sur le peuple. Les romains avaient besoin des prêtres pour les mêmes raisons, pour maintenir leur autorité. Les jeux étaient faits.

    • Claire says :

      Texte très bien éclairé, par quelqu’un qui démontre une compréhension profonde des Ecrits bibliques. Bravo pour cette perspective bien articulée!

    • kristobalone says :

      Jésus n’a jamais prétendu être l’égal de Dieu. Cf jean 14:28

  3. Nancy Labonté says :

    Bons arguments… mais vous démontrez Benoît que vous êtes de ceux qui voient en Jésus ce qu’ils sont eux même. Dans votre cas, il semble que ce soit obéissant aux institutions et individualiste sur le plan théologique.

  4. Benoît says :

    Au contraire, ma position n’est pas donnée ici, ni sur le portrait de Jésus, ni sur le mouvement étudiant. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de comprendre ce qu’est une position « individualiste sur le plan théologique ». Pour exposer ce que je pense de lui, ou du mouvement étudiant, j’aurais besoin de plus d’espace… mais ce n’était pas l’objectif ici.

    Les paroles et actions mêmes de Jésus, ainsi que le reste du Nouveau Testament, sont massivement contre l’interprétation que l’on présente ici. Je serais curieux d’entendre les arguments à l’effet du contraire, et comment ils sont soutenus.

    Bien cordialement,

    B.

    • Nancy Labonté says :

      Pour vous répondre, Benoît, je faisais référence à « l’importance d’une relation intime avec Dieu ». On ne peut réduire Jésus à cela. Cet aspect est une des façons de faire qui sont racontées dans la Bible, mais ce n’est pas la seule. Les enseignements de Jésus était beaucoup plus orienté sur l’inclusivité et l’entraide sans discrimination entre les personnes d’une communauté et entre les communautés. Alors c’est de cela dont je parlais : Votre façon de décrire le projet de Jésus constitue votre lecture propre, comme dans la théorie de Schweitzer.
      En paix,
      NL

  5. Noël Landry says :

    Dans ma chronique du 11 avril dans le TOUT magazine, je démontre que Jésus aurait marché avec les étudiants dans la rue…
    http://www.myvirtualpaper.com/doc/tout-magazine/to02regu120411/2012041001/#8

  6. Gilles Bouchard says :

    Wow, on part d’un mouvement étudiant qui dénonce la hausse des tarifs à l’Université à une comparaison du mouvement/du gouvernement/des acteurs/de l’incapacité à s’entendre, à la vie de Jésus !!!!
    Cet démarche étudiante dérape depuis le début : on commence avec un boycott des cours (pour lesquels ils ont déjà payés et suite à une démarche qui est peu démocratique… même si notre système actuel comprend plusieurs lacunes), à une marche « universelle » et pacifiste regroupant des gens de toutes les « sphères » de la société, à un jeu mal sain de chat et souris entre manifestants et forces de l’ORDRE, à un dérapage des groupes contestataires (lire ici aucune accusation mais beaucoup de sarcasme dans mes propos et des doutes sur l’origine des casseurs), à une impossibilité de « dénoncer » rapidement la hausse de la violence (ici mettre beaucoup de sarcasme dans la prononciation des mots impossibilité et rapidement…Avec les réseaux sociaux ça prend 15 secondes pour diffuser le lieu de la manif mais ça prend 3 jours pour dénoncer la violence ???)… poursuivons… un redérapage des représentants étudiants, qui pour tenter de justifier leur boycott, manifs et autres moyens de pressions, regroupent, s’accaparent TOUS les maux de la société québécoise.
    SI la hausse des tarifs n’était qu’un prétexte ou un déclencheur… RÉGLEZ ce litige avec le gouvernement, ENSUITE, partez (partons) TOUS ensemble pour une véritable révolution sociale… de cette façon vous irez chercher beaucoup plus d’appuis dans la société.
    Toutes les générations ont fait leur part pour la société québécoise, nos ancêtres qui ont fondés ce pays, ceux qui ont combattus pour notre pays, ceux qui ont tentés de créer un pays à notre image, ceux qui sont allés à la guerre pour notre pays, ceux qui ont bâti notre pays, ceux qui ont récupéré les richesses de notre pays, ceux qui ont retenté de faire un pays, ceux qui vivent aujourd’hui: les boomers, leurs enfants, leurs petits-enfants, les X, les Y, moi, vous. Il ne faut pas répéter les erreurs du passé au nom de la justice pour tous, de l’équité pour tous, du « eux ils l’ont eux, ben nous aussi ont le veux »… Vous dites penser au futur… ben permettez moi d’en douter parfois. J’ai eu une hausse de 300% des frais de scolarité pendant qui j’étais aux études…ben j’ai persévéré, j’ai coupé dans mes dépenses, j’ai réduit à l’essentiel, j’ai augmenté les heures de travail pis j’ai mon BAC. J’ai enfin ma permanence (après 15 ans de précarité) J’ai fait mon temps, j’ai eux des bosses sur mon parcours, ça fait partie de la vie. Ben malheureusement c’est votre tour…

  7. ulysse69 says :

    Incroyable!!!Comparer une époque qui date de plus que 2,000 ans avec la lutte des étudiants en 2012.Voilà une accrobatie intellectuelle pour le moins imbécile.Lorsque la population est prise en otage par vos gestes,vous dénoncez une injustice par une autre.Votre liberté de manifester s`arrête là où l`autre est brimé dans ses droits.Surtout n`oubliez jamais qu`à la basse de la démocratie,il y a d`abord la société des devoirs et des droits,sinon ca ressemble drôlement à de la dictature.

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